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Embrasser l’authentique « Science de la Croix »

9 avril 2009
eccehomo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Réflexions bibliques du Vendredi saint
par le Père Thomas Rosica, csb
10 Avril 2009
 
Chaque année le Vendredi saint, nous lisons la Passion selon saint Jean. Tout au long de cet envoûtant et émouvant récit, il y a une emphase sur la souveraineté de Jésus jusque dans sa mort. Comme nous contemplons le mystère de Jésus crucifié, nous apprenons de sa souffrance et sa mort combien importante était la place de cette personne au milieu de nous. Nous sommes invités à prendre conscience de la mort tragique de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, douleurs et morts. La croix de Jésus est un message, une parole pour nous. Un signe de contradiction, un signe de victoire, et nous contemplons la croix et répondons dans la foi au message de vie qui en découle, un message qui apporte guérison et réconciliation. Comme la Croix est élevée, d’une façon étrange et mystérieuse, nous la regardons et trouvons force et espoir au milieu de nos propres luttes.
 
Ecce Homo « Voici l’Homme »
Jésus crucifié est le symbole de ce que l’humanité fait de la bonté: nous la tuons. Ce n’est pas le diable qui nous fait peur mais la bonté. Dans la Passion de saint Jean, Ponce Pilate présente Jésus au peuple avec les mots : « Voici l’Homme » (Jean 19,5) Quelle incroyable expression pour décrire le paradoxe de la personne et de la mission du Fils de Dieu !
 
Ecce Homo - Il a tellement bien intégré notre humanité qu’il était pleinement homme et vraiment un modèle pour chacun en nous montrant comment être pleinement humain pour être authentiquement saint.
 
Ecce Homo - Qui a vécu pour les autres, les guérissant, les rétablissant et les aimant pour la vie.
 
Ecce Homo - Qui a eu le courage de choisir des femmes comme disciples et amies proches.
 
Ecce Homo - Qui a revendiqué avoir une relation unique, personnelle, avec le Dieu d’Israël qu’il a appelé « Abba ».
 
Ecce Homo - Qui est venu dans le monde comme celui qui est sans péché le juste, le parfait, le saint, et ses semblables, les humains l’ont tué. À la fin, nous détruisons et tuons l’être humain parfait, celui que nous avons tant désiré et aimé.
Depuis le tout début de nos vies, nous sommes dans les ténèbres animés de cette force auto-destructrice, ce péché fondamental d’être insensible à la bonté humaine. N’est-ce pas ce que nous voulons dire quand nous parlons de péché originel, cette capacité illimitée en nous pour l’auto-destruction et la haine de soi ?
 
Dans sa mort, Jésus nous sort de nous-mêmes.
 
Dans les Synoptiques, Jésus est arraché de sa famille, de ses disciples et amis qui n’ont plus l’occasion de le revoir jusqu’à ce qu’il surgisse de la mort. Mais les choses sont différentes dans l’Évangile de Jean où Jésus a l’opportunité de dire adieu, au moins à sa mère et à l’un de ses disciples, réunis au pied de sa croix. Avant de mourir sur la Croix, Jésus charge son disciple bien-aimé de prendre soin de sa mère et sa mère de s’occuper de ce disciple.
« Voici ton fils, Voici ta mère ! » Jésus nous tourne hors de nous-mêmes vers les personnes avec lesquelles nous n’avons pas de liens de sang, les identifiant comme nos mères, pères, sœurs ou frères spirituels.
A travers sa mort, Jésus fait tomber les barrières entre les personnes et crée une nouvelle famille grâce au pouvoir qui coule de sa mort pour l’humanité. Même l’inclinaison de sa tête au moment de sa mort peut être interprétée comme un signe dans leur direction. La vie jaillit de la mort de Jésus, pour ceux qui le suivent.
 
La Science de la Croix
 
En ce jour, la mort de Jésus nous invite tous, spécialement les chrétiens et les juifs, au nom de notre communion les uns avec les autres, à une reconnaissance de cette terrible destruction du monde.
Rien ni personne ne peut nous éloigner plus longtemps de cette communion. Rien ne peut enlever notre sentiment d’appartenance, en participant et en étant les bénéficiaires de la rencontre salvatrice de Dieu avec Israël et avec le monde brisé, qui se produit dans la crucifixion de Jésus, que nous, chrétiens, croyons être le fils d’Israël et Fils de Dieu.
 
Vendredi saint, souvenons-nous d’une femme juive, Édith Stein, qui a aimé la Croix et a embrassé sa contradiction et son mystère tout au long de sa vie. Il y a une merveilleuse sculpture en bronze, grandeur nature d’Édith Stein au centre de la ville allemande de Cologne, près du séminaire de l’archidiocèse. La sculpture représente Édith Stein à trois moments critiques de sa vie. Le premier quand elle est jeune, philosophe juive et professeure, étudiante d’Edmond Husserl. Édith est représentée en profonde méditation avec une étoile de David appuyée contre son genou.
La deuxième représentation de la jeune femme montre Edith divisée en deux. L’artiste montre son visage et sa tête presque divisés. Elle est passée du judaïsme à l’agnosticisme et même à l’athéisme. Une recherche douloureuse de la vérité.
La troisième représentation décrit Édith Stein en tant que Sr Thérèse Bénédicte de la Croix et elle tient dans ses bras le Christ crucifié: “Thérèse bénie par la Croix” comme le nom l’indique. Elle est passée du judaïsme au christianisme en passant par l’athéisme. Dans sa biographie, se trouve un moment poignant de la période critique de sa vie, à Breslau, quand elle va sortir du judaïsme. Avant son entrée officielle au Carmel de Cologne, elle a dû affronter sa mère juive. Sa mère dit à sa fille: « Édith, ne penses-tu pas que tu puisses être religieuse aussi dans la foi juive? »
Édith lui répondit: «  Bien sûr, quand vous n’avez rien connu d’autre. » Alors désespérée, sa mère lui a répliqué : « Et toi, pourquoi le sais-tu ? Je ne veux rien dire contre lui. Il était certainement un homme très bon, mais pourquoi est-il devenu Dieu? »
Les dernières semaines chez elle et au moment de la séparation furent très pénibles. Il était impossible de faire comprendre son choix à sa mère, même un peu. Édith écrivit: « et cependant je franchis le seuil de la maison du Seigneur dans une profonde paix. »
Comme Édith Stein, nous rencontrons Jésus et sa Croix, et nous avons connu quelque chose d’autre. Nous avons rencontré Quelqu’un d’autre: L’Homme de la Croix. Nous n’avons pas d’autre alternative que d’aller à lui. Après son entrée au Carmel, Édith continua d’écrire un grand ouvrage sur la Croix, « La Science de la Croix ». Elle et sa sœur furent déportées de Cologne à Echt en Hollande et elles partirent avec d’autres juifs pour Auschwitz où elles furent brulées par le diabolique régime nazi, le 9 août 1942.
 
En ce Vendredi saint nous nous rassemblons en tant que communauté chrétienne autour du « Voici l’Homme - Ecce Homo » et nous contemplons Jésus qui prend tous nos péchés et manquements pour que nous puissions expérimenter la paix et la réconciliation avec Celui qui l’envoie. Si nous n’avons pas vraiment rencontré et adopté l’Homme de la Croix, nos efforts sont vains. La validité de tous nos efforts est déterminée par notre actualisation de Jésus en Croix chaque jour, en laissant le Mystère Pascal transfigurer nos vies. La Croix de Jésus nous enseigne que tout ce qui aurait pu rester de laideur et de souvenirs passés est transformé en beauté, espoir et vie nouvelle.
En ce Vendredi saint, que la Croix soit notre vraie science, notre réconfort en ces temps troublés, notre refuge face au danger, notre sauvegarde dans le cheminement de notre vie, jusqu'à ce que le Seigneur nous accueille dans sa maison céleste. Continuons de nous marquer quotidiennement du signe de la croix, et d’être plus conscient de ce que nous faisons et professons vraiment avec ce signe :
 
« Au nom du Père »
Nous touchons nos esprits parce que nous savons si peu comment créer un monde de justice, de paix et d’espoir.
 
« Au nom du Fils »
Nous touchons le centre de notre corps pour accepter nos peurs et douleurs de notre propre passage de mort à la vie.  
 
« Au nom de l’Esprit »
Nous touchons notre cœur pour rappeler qu’au centre de la Croix de Jésus, le cœur vulnérable de Dieu peut nous apporter guérison et salut 
 
Lecture des Écritures
Isaïe 52, 13 ; 53, 12; Psaume 31,2 ; 6, 12-13, 15-16, 17, 25; Hébreux 4,14-16; 5,7-9; Jean 18,1 ; 19,42
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